Blaise chez sa mère

Cette femme devant l’église avait dit n’importe quoi et même si ce type est vraiment un flic, cela ne prouve pas que ce soit à moi qu’il en veuille. Pourtant ce type, Blaise était certain de l’avoir vu au moins trois ou quatre fois à l’église.

   Tu vois maman, tout ça c’est de ta faute. J’espère que tu ne vas pas être, encore une fois, la source de mon malheur.

  • Comment, je suis assez grand pour faire mon malheur tout seul ?
  • Maman, ne sois pas méchante. Tu pourrais faire preuve d’un peu de compréhension pour une fois.
  • Si ce type me cherche c’est parce qu’il se doute de quelque chose. Et s’il te trouve, je finirais mes jours en prison.
  • Je ne veux pas aller en prison maman. Et il ne faut pas qu’il te trouve.
  • Aide-moi un peu maman. Toi qui sais toujours tout résoudre… que ferais-tu à ma place ?
  • Mais bien sûr. Tu as raison maman, quelle bonne idée !
  • Il faut que tu ailles ailleurs. Que tu déménages. Mieux, que tu partes pour l’étranger définitivement.
  • Oui, c’est ça. L’étranger. Définitivement. Je vais m’occuper de tout ma chère maman. Ne t’inquiète pas, tout va s’arranger. Comme d’habitude.
  • Aujourd’hui c’est dimanche et le dimanche on réfléchit. Je m’occuperais de ça dès demain matin, promis. Je vais t’organiser un déménagement impeccable.
  • En attendant, profite de tes belles fleurs… Je sais que tu aimes toutes les fleurs sauf, les fleurs rouges… mais le rouge c’est la couleur qui te convient maman… la seule bonne couleur pour une maman dans ton état.
  • Qu’est-ce que tu dis ?
  • Non, ça ne va pas être possible. Je pense que c’est en France voisine que tu finiras ta vie. C’est bien de partir à ton âge. Tu as du courage ma petite maman.
  • Quoi ?
  • Evidemment. Je viendrais te trouver quelques fois. Mais je dois poursuivre ma vie. Ma vie sans toi. Le premier pas je l’ai fais et maintenant je vais vivre heureux.
  • Non, je te dis.
  • Mais tais-toi ! C’est impossible.
  • Non, je te dis. Ce flic n’est pas là pour moi.
  • C’est un hasard.
  • Non, je n’ai pas peur. Je n’ai rien fait de mal. Je suis juste devenu majeur.
  • Et il était temps pour moi de m’émanciper.
  • Avoues-le maman, on est entre nous. Tu ne m’aurais jamais laissé partir, n’est-ce pas ?
  • Bon ça suffit, maman. Tais-toi maintenant. Même morte tu continues à ergoter. Tu peux glousser et te plaindre, ma décision est prise. Je vais préparer ce déménagement et dans moins de deux semaines tu seras partie pour la France et tous ici, nous t’oublierons.

Blaise commença tout de suite à préparer les paquets. Il fera livrer l’appartement de sa mère dans un garde-meubles. Il informera toutes les administrations du départ de sa mère en France pour y terminer ses jours, au plus près de ses ancêtres. Un caprice de vieille dame. Tout le monde comprendra.

Si ce flic est là pour lui, il ne trouvera rien de suspect.

La grande malle en osier qui se trouvait à la cave avait la taille parfaite. Sa mère entrait dedans et prenait à peine la moitié de la place à disposition. Il déposa au fond de la malle quelques livres d’arts, puis  installa sa mère par-dessus. Il la recouvrit de sa couverture préférée. Puis, méticuleusement et avec une application toute particulière il déposa par dessus tous les livres de la bibliothèque qu’il arriva à y placer. La malle était pleine. Elle était lourde. Mais tout le monde sait bien que les livres ont du poids !

Ce dimanche-là, Blaise resta plus longtemps que d’habitude chez sa mère. En sortant, il referma la porte à clé et, comme d’habitude il se retourna et salua le vide, comme si sa mère était à la fenêtre et le regardait partir. Il lui lança même un baiser en criant :

A dimanche prochain. Je t’aime, maman.

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